PORTRAIT: Kylee Toth Ohler, membre de l'Équipe nationale canadienne de ski alpinisme

 

Mot de la rédaction : La plupart des gens, dont la majorité de nos 16,000 membres, considèrent le CAC comme un club qui offre des services à ses membres et des aventures guidées, administre un système de refuges et encourage la culture de montagne.

En plus de cela, nous soutenons aussi l'athlétisme alpin de haut niveau en tant qu'organe directeur au Canada de trois sports de compétition alpins : l'escalade sportive, l'escalade de glace et la course en ski alpinisme (skimo).

Tout en représentant notre pays, les athlètes de ces sports nous inspirent et montrent l'étendue des possibilités ouvertes à nos prochaines générations de membres.

À l'occasion du championnat panaméricain de la Fédération internationale de ski-alpinisme (ISMF) et du championnat national Ken Jones Classic à Lake Louise, Alberta, nous publions ce portrait inspirant de Kylee Toth Ohler, l'une des meilleures athlètes canadiennes dans l'un de nos plus excitants sports de montagne.

 La course nature dans les Rocheuses s'intègre à l'entraînement de Kylee Toth Ohler, membre d'Équipe Canada. Photo Kent Toth.

La course nature dans les Rocheuses s'intègre à l'entraînement de Kylee Toth Ohler, membre d'Équipe Canada. Photo Kent Toth.

Ancienne patineuse de vitesse de niveau international, la Calgarienne Kylee Toth Ohler a découvert la compétition de ski alpinisme (skimo) en 2007 et n'a cessé depuis de hausser la barre de ses capacités et réalisations comme de ce sport au Canada. Épouse et mère, elle est membre de l'équipe nationale canadienne de ski alpinisme depuis 2009. Elle a été championne au sprint d'Amérique du Nord en 2016 et la championne féminine canadienne en 2015/16 et 2016/17. L'année dernière, Kylee et sa coéquipière Michelle Katchur Roberts formaient la première équipe féminine canadienne à finir la course Pierra Menta. En compétition au Canada pour la saison 2018, elle travaille en vue des championnats du monde de 2019.

Quand avez-vous commencé à skier?

À 18 mois. Je suis née à Vernon en Colombie-Britannique, où j'ai vécu jusqu'à six ans. J'ai appris le ski à Silver Star.

Qu'est-ce qui vous attirait vers le ski?  

Quand j'étais petite, mon père m'achetait des frites et du chocolat chaud. C'est un de mes souvenirs préférés. Nous skiions en famille un weekend sur deux et pendant les vacances. J'aimais la vitesse et pourchasser mon grand frère et ses amis autour des montagnes. 

Comment avez-vous découvert le ski alpinisme?

Je venais de quitter l'équipe de développement canadienne de patinage de vitesse et Steve Sellers, un ami, m'a conseillé d'essayer ce sport. Je n'avais jamais fait de ski hors-piste, mais j'aimais le plein air et le ski, alors j'ai essayé. 

 Kylee pose avec son mari, Ben Ohler, et leurs fils Zeke (à gauche) et Solomon. Photo Kent Toth.

Kylee pose avec son mari, Ben Ohler, et leurs fils Zeke (à gauche) et Solomon. Photo Kent Toth.

Quelle a été votre première compétition?

Ma première course a été Fernie Mountain Storm en 2007, où j'ai perdu mon parcours et n'ai même pas terminé. C'était ma seconde fois avec l'équipement, alors ça a été un peu la catastrophe! Mais j'ai aimé le défi de la course et du mouvement et j'étais résolue à m'améliorer. Après avoir été classée à l'échelle nationale et internationale en patinage de vitesse, c'était amusant d'explorer un sport en évolution dont la culture était moins compétitive et plus authentique. Les amateurs de skimo étaient très amicaux et des alpinistes très habiles — un groupe impressionnant duquel apprendre.

Est-ce que l'équipement fait une différence?

À mes débuts, j'étais une étudiante universitaire sans grand revenu disponible. J'achetais toujours l'équipement le plus léger et le moins cher que je pouvais me permettre. Mais j'ai fini par saisir l'importance de l'équipement léger pour faire progresser le sport et j'ai budgété et priorisé pour m'obtenir de l'équipement haut de gamme. Mon équipement de course est maintenant aussi léger que bien des ensembles de ski de randonnée. 

 Kylee pratique une montée d'entraînement dans les colours d'Équipe Canada. Photo Kent Toth.

Kylee pratique une montée d'entraînement dans les colours d'Équipe Canada. Photo Kent Toth.

Quelle a été votre première course européenne?  

C'était la Dachstein Extreme de 2008 en Autriche. J'étais tout à fait sous-préparée côté équipement et habiletés. C'était comme se rendre à un championnat mondial de ski de vitesse où les autres équipes d'athlètes ont leurs combinaisons, leurs véhicules, leurs entraîneurs, leur personnel de soutien, etc. Il y avait des hélicoptères, c'était télévisé, on sentait que c'était très commercial, professionnel et peaufiné comme un sport vraiment développé. La compétition était d'élite et son équipement pesait deux fois moins que le mien. C'était une grande et très exigeante expérience d'apprentissage, mais j'ai aimé me trouver en compétition sans avoir trop d'attentes ou de pression.

Qu'est-ce que vous avez appris de plus précieux en compétition?

Comme j'ai fait ma première course en patinage de vitesse à cinq ans, j'ai été en compétition pas mal toute ma vie. J'ai connu certaines de mes pires déceptions et certains de mes meilleurs moments à vie dans les compétitions. On apprend comment s'entendre avec les autres, comment gagner, comment perdre, comment faire face à la déception, à l'angoisse et à ce qu'on ne peut pas contrôler; on apprend à se concentrer et se surpasser.

Votre meilleure compétition?

Pierra Menta en France, 2017, avec Michelle Katchur Roberts, ma coéquipière et amie. Une course de quatre jours où on couvre entre 2500 et 3000 mètres de terrain par jour. Toute ma famille est venue la voir incluant ma mère et mon mari, Ben Ohler. Ça a été l'aboutissement de beaucoup d'entraînement et de passion de la part de Michelle et moi. Comme nous avons été les deux premières femmes canadiennes à finir la course, je suis fière de cette réalisation. 

 Le vélo de montagne aide Kylee à garder la forme requise pour les compétitions mondiales de skimo Photo Kent Toth.

Le vélo de montagne aide Kylee à garder la forme requise pour les compétitions mondiales de skimo Photo Kent Toth.

Quelles habiletés en skimo sont les plus exigeantes pour vous?

L'une d'elles est de pouvoir mieux glisser sur les sections plates. Je n'ai pas d'antécédents nordiques, donc j'ai naturellement tendance à courir ou à piétiner, ce qui est lent et inefficace. 

Qui sont vos modèles les plus importants?

Mon modèle sportif le plus exemplaire est mon amie proche, Mélanie Bernier. Elle a posé les bases du skimo féminin canadien. Elle est la seule femme canadienne à s'être placée parmi des tops 3 mondiaux en sprint et a fini souvent parmi les dix meilleurs. Elle est aussi très bonne et généreuse pour partager ses connaissances. J'espère que l'on restera dans cette culture à mesure que notre sport grandit, car si nous partageons nos connaissances et nos conseils et nous entraidons nous allons toutes, collectivement, nous améliorer.

Mon modèle de vie le plus influent est incontestablement ma mère. Elle est courageuse, aimable et compatissante, et est la personne la moins égoïste que je connaisse. J'aspire à lui ressembler en tant que personne et en tant que mère.

Comment trouver l'équilibre entre la course, l'entraînement et la maternité?

Mes garçons ont quatre et six ans. L'équilibre n'est pas toujours facile, encore moins à la saison des courses. Comme mes enfants sont très importants pour moi, j'organise tout mon entraînement autour de mes tâches de mère — quitte à me retrouver sur un tapis de course à dix heures du soir. Entre fin décembre et mars, toute l'énergie va à la course, à mes garçons, et au maintien des activités de la vie normale. Hors de ces mois, je mets plus d'énergie aux activités familiales, aux amis, au camping et à la randonnée. J'ai la chance d'avoir beaucoup de soutien familial, par exemple de mes grands-parents. J'aime tellement la compétition que c'est là que je puise mon énergie. À 33 ans, je ne mène pas la vie traditionnelle d'une mère de deux garçons, mais ça me va. 

 Kylee envisage ses prochains défis en portant fièrement les couleurs de son pays. Photo Kent Toth.

Kylee envisage ses prochains défis en portant fièrement les couleurs de son pays. Photo Kent Toth.

Qu'est-ce que vous préférez et quels sont vos plus grands défis en skimo?

Le skimo m'a donné la chance d'explorer et voir des lieux dont je n'avais même pas rêvé — skier en Suisse, en Autriche, en Italie, en France; monter au sommet de plusieurs montagnes en Alberta ou en Colombie-Britannique. Il a ouvert mon regard sur la beauté et la grandeur du monde qui nous entoure. Et mon plus gros défi est le combat constant entre le temps passé loin de ma famille, le risque et mon envie de repousser les limites. Il y a tant d'objectifs que j'aimerais essayer, mais comme mère je veux être responsable et sensée avec mon temps et ma tolérance au risque.